Tel-Aviv : l’art pigmente la ville blanche

La ville israélienne connue pour ses plages animées et ses festivals déjantés attire de plus en plus de touristes pour sa vie culturelle.

La rue Gordon et ses galeries d'art, le quartier de Neve Tsedek, maison des artistes, l'architecture Bauhaus... Tel-Aviv n'a pas à rougir de ses lieux reconnus qui défendent élégamment la culture locale. S'ajoutent à ces coins immanquables, quelques nouvelles adresses et disciplines artistiques qui subliment la ville.

Dans la capitale culturelle d'Israël, les œuvres décorent les rues. «Ici, le street art est considéré comme un art à part entière», assure Nellu Cohn, photographe qui a publié trois ouvrages sur sa chère ville blanche (Mon Tel-Aviv, Visite de Tel-Aviv Jaffa et Tel-Aviv live). «Le musée d'art de Tel-Aviv a exposé les œuvres des artistes de rue les plus réputés de la ville. C'est une preuve de reconnaissance officielle.» Autre preuve: les artistes internationaux du mouvement viennent jusqu'à ce lieu pour graffer ou faire leurs collages, à l'instar de Combo et Banksy.

Dernière reconnaissance en date: le street art a été mis à l'honneur lors du Festival du cinéma israélien de Paris, qui a débuté mardi 29 mars. Entre les salles de projection, des collages mais aussi des graffs capturés dans la pellicule de Nellu Cohn sont exposés et revendiquent un street art à l'israélienne.

Nicole Guedj, présidente de la Fondation France-Israël, a décidé d'organiser cet événement, consciente que cette forme d'art permet à Tel-Aviv de rayonner dans le monde entier. «Il y a toute une génération d'artistes israéliens qui sont aujourd'hui en capacité de montrer Israël, sous l'angle de l'art, de l'art nouveau, de l'art contemporain, se réjouit-elle. Ils aident à montrer la modernité et la vivacité de ce pays qui est capable, si jeune, d'avoir une génération d'artistes.»

Nellu Cohn a photographié l'œuvre de Shiry Avny collée dans le quartier de Florentine. (Photo Nellu Cohn)

En effet, la ville la plus animée du pays est devenue une toile géante où certains graffeurs et colleurs expriment leurs sentiments personnels quand d'autres dénoncent la réalité du pays. «Quand on marche dans les rues de Tel-Aviv, on voit partout des peintures sur les murs», décrit Shiry Avny, artiste trentenaire, designer et graphiste. Armée de ses pochoirs, ses affiches et sa colle, la jeune femme laisse sa trace dans le sud de la ville, son quartier préféré et terrain d'expression fétiche des artistes.

«Sur ces murs, les artistes de la scène graffiti israélienne délivrent de vrais messages et des critiques politiques à l'égard de Bibi (Benyamin Netanyahou, NDLR), explique-t-elle. Les passants s'arrêtent pour débattre devant les œuvres. Il n'y a qu'à Tel-Aviv que l'on peut voir ça!»

Grâce à cette culture contemporaine, la ville séduit un nouveau type de touristes et endosse le rôle de capitale de l'art urbain du pays. L'intérêt des visiteurs prend de plus en plus d'ampleur, à tel point que des «graffitis tours» proposent aux touristes des visites guidées du côté du quartier Florentine. Les guides font découvrir les œuvres cachées dans les ruelles et traduisent les messages inscrits sur les murs quand ils sont en hébreux.

Certains graffeurs et colleurs expriment leurs sentiments personnels quand d'autres dénoncent la réalité du pays. (Photo Nellu Cohn)

PRATIQUE

Guide du Tel-Aviv arty

Le trésor caché. La maison d'Ilana Goor, 18 Mazal Dagim Street. Cette milliardaire israélo-américaine, artiste et collectionneuse, a ouvert sa demeure aux visiteurs. Sa maison remplie d'œuvres d'art est un ancien hôtel pour pèlerins du XVIIIe siècle.

Le temple du design. Le musée du design, 8 Pinhas Eilon Street à Holon. Signé Ron Arad, le bâtiment composé de larges cercles concentriques en forme d'étoile vaut le détour dans cette banlieue de Tel-Aviv. À l'intérieur, on peut admirer le design israélien, dont la fameuse chaise-chou.

Le musée incontournable. Le musée d'art de Tel-Aviv, situé sur le boulevard Shaül Hamelech, est le plus grand de la ville et le plus impressionnant, aussi bien pour son architecture que sa collection de plus de 20.000 pièces. Pour Nellu Cohn, c'est un «bijou magnifique à deux ailes.» La première, dite ancienne, âgée de quatre décennies, abrite une collection qui s'étend du XVIe siècle à l'art contemporain. L'autre, inaugurée en 2014, est consacrée à l'art israélien. Selon le célèbre photographe, cette partie du lieu montre qu'il y a «une vraie culture de l'art dans la société israélienne depuis la renaissance de l'État juif sur cette terre.»

Le musée d'art de Tel-Aviv abrite une collection de plus de 20.000 pièces. (Photos Nellu Cohn)

Le quartier arty. Florentine, au sud de Tel-Aviv. Le quartier des artistes, où se trouvent les trois-quarts des œuvres de street art a une âme et une photogénie particulière. «C'est un quartier qui va disparaître dans quatre ou cinq ans donc s'il y a des photos à faire qui resteront, c'est là-bas», conseille Nellu Cohn.

Le rendez-vous de l'art contemporain. Tzeva Tari («Peinture Fraîche»). L'équivalent israélien de la FIAC se déroule cette année du 5 au 9 avril. Elle réunit amateurs, artistes et professionnels de l'art. La foire a lieu chaque année dans un espace différent et surprenant de la ville et attire à chaque fois plus de 30.000 visiteurs.

 

Source : Figaro

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